TRES INQUIETANT !

J'ai consacré deux articles à la montée de l'extrême droite en Pologne mais aussi en Hongrie.

Ce jour, " je tombe " sur un article du 22 février 2016 du journal LA CROIX signé par Mme Monique BAUJARD, absolument stupéfiant qui corrobore malheureusement mes craintes.

Ce journal n'est pas du genre à publier n'importe quoi sans avoir vérifié ses sources; Je vous invite fortement à le lire.

Je suis étonné du peu d'échos donné à cette information par la mouvance catholique progressiste française. !

La métaphore de l'éminente journaliste est de mon point de vue très timorée et son observation sur le défunt pape Polonais très complaisante.

Personnellement je ne parlerais pas de crise d’asthme mais bien d’embolie pulmonaire.

La crise d’asthme des évêques polonais et hongrois

Monique Baujard, directrice de la Fondation Jean-Rodhain (1)

Au moment où le pape François appelle à former une Église synodale où chacun a quelque chose à apprendre de l’autre, où il souligne l’importance du sensus fidei et invite les évêques à entendre le cri de leur peuple, les épiscopats polonais et hongrois préfèrent interdire la libre expression des laïcs ! Ils ont ainsi obtenu la suppression, dans Europe Infos, de deux articles écrits par des laïcs, catholiques convaincus et engagés dans l’Église. Une attitude épiscopale qui inquiète et qui est préjudiciable à plus d’un titre.

Cette attitude est préjudiciable tout d’abord pour l’Église. Veulent-ils revenir à l’époque où la hiérarchie de l’Église disait au peuple de Dieu ce qu’il fallait penser, écrire, faire ou ne pas faire, et pour qui il fallait voter ? Bref, veulent-ils revenir avant Vatican II dans une Église pyramidale au moment où le pape François les invite à faire de l’Église une pyramide renversée où la hiérarchie se trouve sous le sommet, en soutien des laïcs ? Dans le monde très horizontal dans lequel nous vivons, l’annonce de l’Évangile passera par les laïcs ou ne passera pas. Des laïcs qui ont besoin d’être épaulés par la hiérarchie, pas muselés. Les épiscopats de Pologne et de Hongrie le comprennent-ils ?

> À lire : Entre les évêques européens, deux visions de l’Europe

Interdire la publication des deux articles porte aussi atteinte à la liberté d’expression et de presse. Deux principes chers à nos démocraties occidentales et pour lesquels tant de personnes ont versé leur sang au siècle dernier. Europe Infos n’est pas l’organe officiel des évêques de la Comece ni des épiscopats membres. Elle est la seule publication catholique dédiée exclusivement aux questions européennes et, depuis vingt ans, elle vise à stimuler la réflexion et faire avancer le débat sur ces questions.

Elle doit rester un lieu de débat ouvert. Si elle se réduit à une publication où les évêques parlent aux évêques, cela n’intéressera plus personne et l’Église catholique aura perdu encore une chance de faire entendre sa voix dans le débat européen. Cette culture du dialogue est loin d’être acquise dans l’Église, même si le Synode sur la famille constitue un réel pas en avant. Le dialogue, le débat public ne peuvent exister sans la liberté d’expression et de presse. La vitalité de nos démocraties, tout comme la vitalité d’une Église synodale, en dépend. Les épiscopats de Pologne et de Hongrie le nieraient-ils ?

Enfin, cette interdiction de publier est catastrophique d’un point de vue politique. L’Union européenne se trouve à un moment crucial de son développement. Elle est mise à mal par la résurgence des intérêts nationaux et des courants populistes. Elle a grand besoin de voix capables de dépasser une vision technocratique et étriquée de l’Europe pour redonner de l’élan au projet européen.

L’Église catholique peut être une de ces voix. Sa présence n’avait pas été prévue dans les structures européennes. L’inscription d’un « dialogue ouvert, transparent et régulier » entre l’Union européenne et les religions dans le traité sur le fonctionnement de l’UE (article 17), est le fruit d’un long et patient travail conjoint entre laïcs et hiérarchie. Ce dialogue demande encore à être renforcé. Faire entendre sa voix suppose toutefois aussi une saine distance entre l’Église et le pouvoir politique en place.

Il est étonnant de voir les épiscopats polonais et hongrois, si prompts à se glorifier d’avoir su résister vaillamment aux dictatures communistes, prendre aujourd’hui la défense de gouvernements de droite, voire d’extrême droite. L’Église perd toujours sa crédibilité lorsqu’elle s’allie avec le pouvoir politique car elle occulte alors sa fonction prophétique. Les épiscopats polonais et hongrois l’auraient-ils oublié ?

Saint Jean-Paul II, qui a tant œuvré pour que l’Europe respire avec ses deux poumons, doit se désoler de voir son poumon préféré s’essouffler. Espérons qu’il s’agisse d’une crise d’asthme passagère et que le souffle de l’Esprit renouvelle la vision européenne des épiscopats tentés par le repli national.

(1) Elle a été chargée des affaires européennes à la Conférence des évêques de France pendant plus de dix ans.

Monique Baujard

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