LES NOUVELLES DE TAYBEH
Octobre 2010


Jours d’automne
Le froid avec la pluie sont enfin venus à la fin du mois, au grand soulagement de tous, nettoyant
les oliviers de la poussière de l’été et redonnant fraicheur et humidité aux soirées et même aux
journées. Octobre est également un mois de visites intenses, les groupes de pèlerins, petits ou
grands, s’y arrêtent sans discontinuer, pour le plus grand bonheur de la paroisse et du village – et
des visiteurs. Avec Abouna Raed, avec les Soeurs de la Sainte-Croix, avec les jeunes guides d’Afra,
joie, bonne humeur et passion sont toujours au rendez-vous ! Avec l’hiver qui vient, le temps de
Noel va s’approcher également, c’est l’occasion de passer commande des produits de Taybeh, en
famille, en paroisse, pour offrir aux proches ou pour une vente de charité !


Jours de fête
Aujourd’hui, samedi 2 octobre – Oktoberfest ! Le village est en effervescence depuis quelques
jours, répétition générale : les scouts peaufinent leur défilé, les danseurs leur dabkeh, etc. Ce
matin, à 11 heures, commence la procession : autorités civiles et religieuses précédées des scouts
tambours battant et drapeaux au vent. Les forces de police palestinienne, en uniformes bleus ou
noirs, assurent la sécurité des réjouissances. La belle cérémonie d’ouverture mêle prières,
discours ecclésiastiques et politiques et représentations folkloriques. Des théories de véhicules
envahissent le village : bus, cars, voitures, taxis…, déversant un flot ininterrompus de visiteurs
d’une journée, d’une soirée ou d’une heure. Des milliers de personnes viennent, chaque année
davantage – Palestiniens de Cisjordanie, Arabes d’Israël, et étrangers de tous pays -, admirer les
stands variés, les échoppes colorées pleines de produits locaux – bière, miel, huile d’olive…, mais
aussi broderies, boiseries et autres artisanats – et apprécier la dense programmation de concerts
et spectacles qui dureront tout le week-end. Musique et danse traditionnels de Palestine, bien
sûr, mais aussi plus modernes : cette année, le rap palestinien est à l’honneur, avec DAM, GTown,
O-C Soldiers, MMD ou CULTURESHOC. Et même un groupe de reggae arabe dévalé des
hauteurs du Golan : Toot Ard. Plus de dix mille visiteurs viendront ces deux jours à Taybeh pour
écouter un groupe, déguster un chawarma et… boire une bière.
TAYBEH OKTOBERFEST


Jours de l’huile
Vendredi 16 octobre, c’est le jour J. 16h00, Abouna, étole au cou et aspersoir en main, va bénir les
machines reluisantes du pressoir repeint, briqué a neuf. Tout est prêt pour la première fournée,
la huitième saison peut commencer. Ultimes vérifications. Les premiers sacs d’olives sont là, prêt
à être déversés dans le monstre d’acier, déjà vibrant et ronronnant, et qui n’attend que de
déchaîner ses mâchoires métalliques dans un rugissement de dragon. Déjà quelques-uns sont là,
qui viennent ausculter, discuter, tournicoter ou simplement contempler. La bataille attend d’être
livrée, les olives broyées et l’or liquide extrait. Abouna asperge chaque pièce d’eau bénite, au nom
du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
16h08 : on lance les premières olives ! Dans un parcours digne des montagnes russes, les voici
versées, triées, lavées, broyées, décantées, etc. Ca y est, on ne s’entend plus, le tonnerre
mécanique couvre les voix, il faut hurler pour que l’interlocuteur perçoive un murmure, un
chuchotement perdu dans le brouhaha. Derniers réglages sur les machines en plein
fonctionnement, comme un piano que l’on accorde. La parturiente est sous haute surveillance,
bénéficiant de soins attentifs et intensifs. Chaque étape est suivie, observée, diagnostiquée et


réparée si nécessaire, tous les visages sont tendus, attentifs, concentrés sur les vrombissements
et les trépidations du terrible engin. Une délicieuse odeur de purée d’olives, de tapenade
familière aux Provençaux, se dégage. Abouna met la main a la pâte, saute de machine en machine,
vérifie tout, scrute tout, avec un enthousiasme inentamé. Tout doit être au cordeau. Le parfum de
l’huile embaume le pressoir, l’assistance augmente petit à petit pour contempler le miracle de
l’huile. C’est magnifique ! Cette huile vert et or qui coule – générosité d’une nature âpre,
ingéniosité de l’homme. Cela fait 7 ans presque jour pour jour que le pressoir, premier projet
initié a Taybeh par Abouna Raed, ouvrait : le 11 novembre 2003, en plein Ramadan, et le soir était
offert a tous les musulmans venus un grand repas de rupture de jeûne.
Dans toutes les olivaies, olivettes et oliveraies, les familles entières, levées avant l’aube, s’activent
à la récolte, tendent de grandes bâches vertes au sol et y font tomber les précieux fruits amers et
huileux, verts ou noirs, qu’ils trient et ramassent dans de grands sacs de toile blanche. Les olives
vertes les plus grosses sont mises de côté pour la table, les autres iront au pressoir. On fait le the
au feu de bois, rameaux d’oliviers, et lorsque la chaleur et le poids du jour se font lourds, le


déjeuner allongé a l’ombre d’un olivier délasse et restaure chacun : feuilles de vignes et courgettes
farcies, olives vinaigrées de l’an dernier, fromage de brebis, galettes de pain…
Bientôt au pressoir les pick-ups arrivent de toutes parts, de tous les villages des environs,
plateforme arrière chargée a craquer, a se renverser, des grands sacs bourrés a craquer – avec
toute la famille entassée sur les banquettes ou juchée sur le chargement, les jeunes casquettes
vissées sur la tête, les vieux portant hatta et fières moustaches, les femmes voilées de sombre, et
la marmaille. Les grands bidons en plastique jaune de 18 litres se remplissent, le pressoir en garde
un sur dix comme paiement du service.
Cette année, les oliviers sont davantage chargés que l’an dernier, chacun espère une meilleure
saison. A la fin du mois, alors que la moisson des oliviers n’est pas terminée, on atteint presque le
double d’huile de l’an dernier – nachukur’Allah ! Rendons grâce à Dieu !


Jours des saints
Le 7 octobre, fête de Notre-Dame du Rosaire, en commémoration de la victoire de Lépante
remportée par les armées chrétiennes sur les Turcs qui menaçaient l’Europe en 1571 : les Soeurs
du Rosaire invitent le curé, les religieuses et les volontaires pour un magnifique déjeuner, et la
paroisse au complet célèbre la Reine du Rosaire le dimanche suivant, 10 octobre. Le 9 octobre,
l’Église catholique de Jérusalem fête le patriarche Abraham, le Père des croyants, et le diacre
saint Philippe le 11 octobre, qui évangélisa la Samarie (passant par Éphraïm), baptisa Simon le
magicien et sur la route de Gaza l’eunuque de la reine Candace d’Éthiopie. Le 12 octobre, c’est la
mémoire du Bon Larron, que tous les saints peuvent a bon droit envier, car le Christ le canonisa
lui-même dès avant sa mort : « Aujourd’hui, tu seras avec moi en paradis. » Le 18 octobre, c’est le
médecin saint Luc, l’Évangéliste, auteur également des Actes des Apôtres et premier iconographe
de la Vierge Marie. Le 20 octobre, est célébrée la mémoire de saint Corneille, le centurion romain
baptisé par saint Pierre et premier chrétien non juif mais païen. Le 21 octobre, c’est la fête de
l’abbé saint Hilarion, né près de Gaza, disciple de saint Antoine le Grand, qui au Ive siècle édifia
le premier monastère de Palestine, suscitant une floraison inouïe de vocations, et dont la vie a été
écrite par le grand saint Jérôme qui a Bethleem traduit la Bible en latin – magnifique trait
d’union entre Orient et Occident chrétiens. Le 22 octobre l’ensemble des Soeurs du Rosaire de
   

Cisjordanie viennent faire leur retraite mensuelle à Taybeh sous la direction de la Supérieure
générale Mère Ines El-Yacoub.
Le 25 octobre c’est la fête de Marie Reine de Palestine, la Fille de Sion que la paroisse de Taybeh
honore le dimanche suivant, le 31 octobre. A la fin de la messe, Abouna Raed se voit offrir un
magnifique boomerang aborigène par le Lieutenant des Chevaliers du Saint-Sépulcre d’Australie
en visite à Taybeh. A essayer dans les oliviers ! Le 28 octobre ce sont les apôtres saints Simon et
Jude qui sont fêtés – des enfants du pays.
Enfant du pays, aussi, de cette Terre Sainte plus large que les frontières des hommes, Soeur
Angèle d’Abou-Dis, Libanaise au grand coeur de la congrégation de Notre-Dame des Douleurs, si
liée a Taybeh et a l’aventure du home Beit Afram, qui nous a quittés samedi 30 octobre a 75 ans
après une longue maladie qu’elle a supporte avec une héroïque patience – donnée entièrement au
service de tous et de chacun. Ses funérailles ont lieu le lundi 1er novembre, solennité de la
Toussaint, le jour des saints – gageons qu’ils seront tous réunis pour l’accueillir bras ouverts dès
ce beau jour en paradis !




L’esprit d’Éphraïm
Ce mois-ci, renforcement de la paroisse latine de Taybeh : Soeur Serine, novice des Soeurs du
Rosaire, vient passer le mois entier avec ses consoeurs Mère Alphonse et Soeur Victoire, tandis
que Soeur Nelly, arrivée de France, intègre auprès des Soeurs Marie-Martine, Claudine, Annie et
Martine, le Prieuré Notre-Dame d’Éphraïm des Soeurs de la Sainte-Croix de Jérusalem. Un
nouveau séminariste, en 3e année de théologie a Beit-Jala, Farés Syriani, originaire de Madaba en
Jordanie, fait également son stage d’expérience pastorale en paroisse a Taybeh, venant tous les
week-ends catéchiser les jeunes le samedi soir et le dimanche matin et bien sûr participer aux
offices dominicaux comme organiste notamment.
Jeudi 21 novembre, Père Philippe et Frère Pierre, moines orthodoxes français de la Fraternité
Saint-Martin-le-Miséricordieux, rattachée a l’Église orthodoxe de Roumanie, viennent visiter le
village a l’invitation d’Abouna Raed qui voudrait voir refleurir a Taybeh « l’esprit d’Éphraïm »,
cet esprit de retraite et de contemplation qui amena le Christ avec ses disciples, puis de
nombreux émules dans leurs pas : les milliers d’ermites des premiers siècles qui peuplèrent le
désert de Judée et les montagnes d’Éphraïm comme en témoigne encore la toponymie locale


(ainsi l’une des grandes vallées qui entourent Taybeh se nomme le wadi al-Qassis, la vallée du
moine), et plus récemment, Charles de Foucauld et quelques ermites des années soixante-dix a
deux mille – dont le sympathique melkite Frère Jacques, véritable figure locale depuis les années
quatre-vingt. Bienvenue donc a toute communauté contemplative (et active) qui voudrait vivre
et faire vivre l’esprit d’Éphraïm !
Bienvenue a Thibault également, volontaire en mission solidaire de la Délégation Catholique de
la Coopération, arrivé le 31 octobre pour remplacer quelques mois les cours de français a l’école
latine qu’Anne-Gersende ne pourra plus assumer alors pour cause de congé de maternité.

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