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- La vérité n'est pas toujours bonne à dire...
- La vérité sort de la bouche des enfants...
- Il ment comme un arracheur de dents...
- Il n'y a que la vérité qui compte...
- La vérité vraie...
- La queue du rat lui sortirait de la bouche...
- En vérité je vous le dis...
- Lui dire ses quatre vérités...
- Il ment comme il respire...
- Il n' y a que la vérité qui vexe...
- La vérité si je mens...
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1958-1966 : " Le temps des pionniers " pourrait avoir un sous-titre moins ronflant mais plus désuet: " Les grands et petits vicaires " .
Une brochette d' hommes d'église vont marquer cette période. Je veux parler des abbés Henri BONJOUR, Jean CRAYSSAC, Claudius CHARRETIER et Paul CONFAVREUX.
Ne pas ouvrir ce chapitre par une galerie des portraits ( en provenance de divers amis qui les ont bien connus ) de ces hommes serait totalement de mauvais goût.
Ne jamais oublier totalement qu'ils sont, avec quelques autres laïcs, les seuls véritables détenteurs de l'esprit JOIE DE VIVRE qui a animé jusqu'en 2004 l'association d'éducation populaire des colonies de vacances de la paroisse de Feurs. Car, n'en déplaise aux esprits dits laïcs ou neutres, pendant 50 ans cette oeuvre a été d'inspiration catholique. Il ne faut jamais renier ses origines même si les institutions évoluent. La modernité n'est pas un synonyme d'abandon des valeurs.
Henri BONJOUR, un passionné de cinéma, de télévision, était avant tout un visionnaire des mouvements de jeunesse. C'était un entrepreneur au sens très large du terme, mais surtout un homme d'une grande culture et d'une intelligence d'une rare vivacité. Son langage parfois rugueux, direct , et peu châtié, faisait des ravages parmi la bourgeoisie bien pensante de la paroisse forézienne.
Jean CRAYSSAC, débordant de bonté, ne savait pas dire non. Jamais je n'ai connu un homme qui avait une telle confiance en la jeunesse. Un pédagogue hors pair qui prenait toujours du temps pour écouter les enfants. Un homme simple, doux, gentil et priant. La représentation même du serviteur débonnaire et discret du Christ. Je n'arrive pas à me souvenir d'un trait négatif de lui !
Claudius CHARRETIER, n'aurait pas aimé être appelé " grand vicaire ", mais il était loin d'être un " petit ".C'est même, à mon sens, l'un des prêtres qui avait parfaitement compris et intégré son rôle de pasteur. Et à son époque, il était sûrement précurseur.Il observait discrètement, subtilement, et il s'intéressait à tout : paroisse,colo,vie locale, Eglise,mais surtout aux " hommes et femmes " qu'il cotoyait pour les aider à vivre leur vie de chértien là où ils étaient, comme ils étaient. Il avait parfaitement compris le renouveau que pouvait apporter à tous la colo : enfants, responsables et le petit forézien invité à " bouger ". Je pense que nous sommes nombreux, les foréziens de ces années, à avoir une dette envers lui sans toujours l'avoir remarqué.
Paul CONFAVREUX était issu de cette aristocratie lyonnaise cultivée, simple et discrète. Professeur de chimie physique au petit séminaire de Montbrison, il impressionnait par sa grande taille et ses répliques monocordes cinglantes. Ses élèves et plus tard ses paroissiens s'en souviennent ! Sa position de curé lui imposait une rigidité apparente. Jamais en colère il parlait peu mais juste ,et toujours avec un petit sourire moqueur " laissait faire les actions qu'il sentait.
Avec irrespect nous appelions Monsieur l'archiprêtre " Titine " , comme ses étudiants.
Ces figures locales apparaîtront au fil des années " pionnières ".
Pour le moment, c'est par un beau matin de février 1958 que l'abbé Bonjour me convia à enfourcher sa " Vespa ", nom familier du scooter, afin de nous rendre dans un petit village appelé Verrières-en-forez, car il venait d'apprendre que la congrégation des soeurs Saint-Joseph de Lyon mettait en vente une grosse maison carrée située au coeur de ce village.Il fallait donc la visiter.
Depuis leur départ à la fin des années 45 ,cette bâtisse aux 20 pièces spacieuses restait vide ( sauf 2 qui hébergeaient provisoirement le curé de la paroisse, pendant que sa nouvelle cure se construisait et ce jusqu' en 1953 ).
Ces religieuses avaient dès le 17ème siècle ( 1615 date gravée sur un plancher ) ouvert un pensionnat de jeunes filles.
Après 1H30 de voyage chaotique nous arrivâmes complètement frigorifiés en vue de ce village perché à 850 mètres d'altitude dans les monts du forez. La grosse maison carrée se détachait du clocher et des pins et sapins alentour.
Majestueuse elle trônait telle une mère supérieure sur sa chaise percée ( que j'ai retrouvée plus tard dans les greniers ).Depuis cinq années inoccupée, la nature avait repris ses droits dans les cours et devant les lourdes portes en bois. Le cheval du garde champêtre nommé " Bijou " paissait tranquillement sur une des terrasses de la propriété. Un vent glacial fouettait les angles du pensionnat féminin.
Nous poussâmes une porte entrouverte et fîmes une entrée solennelle dans ce qui devait être le salon de réception des bonnes soeurs.
Une bonne trentaine de portraits de cardinaux ( celui de Fesch, neveu de Napoléon ) évêques, archevêques et supérieurs du séminaire nous dévisagèrent, et des fauteuils de velours cramoisis mais fatigués semblaient nous inviter à nous asseoir pour attendre la venue de je ne sais quel fantôme.
En attendant que celui de la mère supérieure arrive, Henri Bonjour me dit pour la première fois : " Voilà, nous allons établir ici une colonie de vacances pour les enfants de la paroisse de Feurs, qu'en penses tu ? La maison est grande et l'air de cette campagne sera excellent pour vos poumons trop foréziens ".
Nous visitâmes sans religieuses toutes les pièces complètement remplies d'un fatras d'objets religieux, mobiliers, livres, etc.. Certaines étaient remplies d'immondices jusqu' au plafond et d'autres ,celles du deuxième étage, pleines de casseroles qui recueillaient les eaux de pluie. Le bâtiment servait de garde- meuble après la confiscation en 1906 du petit séminaire de Verrières-en-Forez.
Le prix de vente était de 5000 francs, et la paroisse de Saint-Romain-le-Puy désirait l'acheter et avait déjà versé un acompte.
Notre pauvre patronage du jeudi n'avait bien sûr pas cette somme. Le seul moyen de l'obtenir était d'aller la solliciter auprès du curé de notre paroisse.
C'est donc en délégation, les vicaires des garçons et des filles devant, que nous gravîmes les quelques escaliers qui menaient au bureau du redoutable archiprêtre Paul CONFAVREUX.
Henri Bonjour, avec son éloquence habituelle, dressa un tableau parfait de la situation catastrophique des poumons des petits paroissiens, et surtout fit entrevoir une perspective intéressante d'un investissement immobilier.
Mais l'argument qui emporta la décision fut celui de la continuité pédagogique et religieuse avec le patronage du jeudi.
Restait l'obstacle de la paroisse de Saint-Romain-le-Puy , qui fut résolu par le grand homme en un coup de téléphone aux religieuses. Paul Confavreux était lyonnais comme la supérieure générale de la congrégation !
Le pauvre curé de Saint-Romain-le-Puy reçut en retour son acompte.
Les grands du patronage ( dont je faisais partie ) et les vicaires décidèrent qu' en juillet 1958 nous ferions un premier camp avec un effectif de 28 garçons pendant 1 mois.
Après une deuxième visite un inventaire sommaire fut établi :
Pas d'eau courante, pas de lits et matelas , pas de fourneaux, des pièces aux planchers dangereux devraient être condamnées. La décision fut prise de maintenir tout de même le séjour.
La course à la récupération commença.
L'hôpital de Feurs nous fit don de 30 lits et matelas, une maison bourgeoise d'un fourneau à quatre feux, la droguerie Dessertines de 100 mètres de tuyaux en plastique pour amener l'eau froide d'un robinet situé de l'autre côté de la rue. Deux grands bacs en cuivre étaient remplis chaque matin et servaient de réserve pour alimenter la douche et le lavabos collectif installé dans la pièce du dessous qui était pendant l'hiver l'écurie du cheval.
Le camp eut lieu et fut une totale réussite. Outre les grands jeux, ateliers et veillées, une partie de la journée était consacrée au nettoyage de la maison et de ses abords.
Cette année là nous nous sommes fort bien passés de la DDJS, des commissions de sécurité, services sanitaires et autres contraintes !
A l'automne une réunion de parents dont les enfants avaient participé au camp fut organisée ,et un comité de parents fut mis sur pied afin de prendre en charge les travaux à réaliser dans ces bâtiments.
La grande aventure commençait !
Pendant presque 8 ans, 30 à 40 parents se relayèrent tous les week-ends à compter de Pâques pour aller, ( bien entendu ) travailler bénévolement dans la colonie de Feurs à Verrières-en-Forez. Le temps de monnayer chaque heure et minute de son temps donné aux autres n'était pas encore arrivé.
Des dizaines de milliers d'heures de travail furent offertes par ces braves gens. Du mobilier en grande quantité fut donné ( chaises, armoires, lits, chaudière de chauffage central, tables, marmites, casseroles, radiateurs, tables de nuit, draps, linge, etc... )
En ce qui me concerne, mon père monta presque pendant 6 ans toutes les semaines du printemps et ma famille donna meubles et linge en grande quantité comme beaucoup d'autres familles très modestes.
Au début ils apportaient leurs repas, puis vers les années 1960 ils étaient pris à l'auberge VRAY située sur la place du village et ensuite chez LA PHINE dans le hameau de la Feuillat. Des quantités astronomiques d'oeufs, saucissons et fourmes furent consommées, mais aussi " force canons " selon l'expression ligérienne, furent ingurgités.
Quelquefois les vicaires trouvaient les notes de restauration un peu lourdes et en faisaient la remontrance gentiment.
Je vous laisse imaginer 30 à 40 parents, vicaires et adolescents logeant dans les dortoirs le samedi soir !
Dès 1959 de gros travaux furent entrepris . Démolition de l'escalier central tout en bois et planchers divers sur trois étages et réfection en béton. Ces ouvrages furent entièrement réalisés par les parents. Parmi eux il y avait un maçon Mr POULY, dénommé familièrement JEAN XXIII, qui exerça avec talent son métier.
Une grande figure locale, dit " Baby SALOT " ,veillait tel un contremaître intraitable à la bonne exécution des travaux , et Mr Jacques BERTRAND ,comptable dans une entreprise forézienne, tenait les comptes de la colonie. Plus tard l'équipe d'animateurs ( dont je faisais partie ) l'appellerions avec une légère pointe d'humour LE GRAND JACQUES ( voir Brel ).
Le dimanche soir, le retour soit en vélos, mobylettes ou voitures dans la plaine des Ségusiaves était un grand moment de bravoure !
En 1960 des planchers et huisseries furent changés. Des portes et des fenêtres percées mais d'autres bouchées. Cependant le chantier le plus important fut la démolition de petits bâtiments annexes complètement en ruines, ce qui eut pour effet de dégager complètement la façade ouest pour en faire un espace de jeux. Côté rue un four à pain fut conservé ainsi que les écuries pour encore quelques années.
Toujours cette même année, grand sacrilège, il fallut partager nos étés avec les filles. Marie-Antoinette Pissochet fut la première directrice de la colonie, et une rotation immuable s'installa:une année juillet pour les filles et août pour les garçons,l'inverse pour la suivante.
J'ai le souvenir d'une directrice exceptionnelle, Mlle Janine Maréchal, enseignante à l'école catholique de Feurs. Elle faisait équipe avec un aumônier, " Dïus " pour le cercle restreint. Homme rude issu du milieu rural il savait être un ami fidèle et un aumônier exigeant . Que de moments nous avons passés ensemble à refaire le monde jusqu' à une heure avancée d'une belle nuit d'été.
En 1962 Henri Bonjour dut partir créer l'aumônerie d'un lycée à Saint-Etienne. La tristesse fut grande mais de courte durée. Jean Crayssac arriva d'une paroisse de Roanne. Il avait dirigé beaucoup de colos ( ARVEL maintenant ) et aussi Claudius Charretier descendit des monts du Lyonnais. Une autre séquence allait s'ouvrir .
Cette année là un grand programme de peinture ( des badigeons ) fut effectué. Les couleurs vertes et jaunes ne m'ont pas laissé un souvenir impérissable.
Avant de partir Henri Bonjour fit don à la colonie de Feurs d'un magnifique tableau à l'huile que lui avait cédé un de ses amis foréziens ( Jean Jourlin ) qui représentait un coq chantant au lever du soleil. Un soir après la dernière réunion des moniteurs avant son départ nous décidâmes de donner un nom à cette AEP. Ce fut LA JOIE DE VIVRE .
Vingt ans après je décidais de lui rendre le tableau de son ami. Ce qu'il accepta volontiers.
En 1964 le premier agrandissement ( doublement de la salle à manger et escaliers de secours sur la façade est ) fut commandé avec la réfection de deux façades, à un artisan maçon d'une commune voisine, Mr POYET. Huit jours avant le début des colonies les deux chantiers n'étaient pas terminés. ! Pour recevoir les subventions promises l'administration a fait établir par Jean Crayssac un certificat comme quoi les travaux étaient terminés. Ce fut je crois bien le seul pêché de sa vie. Le saint homme en a été malade pendant plusieurs mois !
Le concile vatican II se terminait et l'église allait entreprendre une profonde mutation. Le clergé abandonna assez rapidement le rôle qu'il jouait auprès de la jeunesse et bientôt les laïcs prirent non sans difficultés le relais de toutes ces oeuvres paroissiales.
Ce que je retiendrais de cette quasi décennie c'est la très forte et généreuse mobilisation des parents dans la construction de cette colonie de l'AEP ainsi que pour son projet éducatif, c'est pourquoi cette maison leur appartient totalement et pour toujours.
Bien évidemment pas d'une façon notariale mais au titre de la seule expression qui compte véritablement " LES VALEURS ASSOCIATIVES de L'EDUCATION POPULAIRE " .
Les autres pseudo valeurs : rentabilité, chiffres, graphiques et courbes , bilans , amortissements, dettes, excédents, marchés, salaires, contrats, coûts, etc... doivent totalement restées hors du projet associatif afin qu'il ne soit jamais souillé par la cupidité des hommes.
3 - " LA PRE-PROFESSIONALISATION ou LE TEMPS DES USINES A LOISIRS "
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